Un peu d’histoire

Jules Laurens – Aqueduc de Carpentras

Mosaïque extraordinaire et magnifique tant par la variété de ses paysages, la diversité des expressions culturelles que par la richesse de son patrimoine naturel et bâti, le Mont-Ventoux demeure l’un des sites des plus attractifs de France. Les collines de Vaison-la-Romaine, la vallée du Toulourenc, le plateau de Sault, les Monts de Vaucluse, les Dentelles de Montmirail et la plaine de l’arc comtadin forment un écrin autour de cette montagne belvédère de la Provence.

C’est près de Monieux, dans le Bau de l’Aubésier, que les plus anciennes traces de la présence humaine dans le Ventoux ont été retrouvées : des outils mais aussi des ossements d’une Néandertalienne ayant vécu il y a 200 000 ans ! Peut-être croisa-t-elle les ours bruns (dont des os fossilisés ont été découverts dans une cavité de la commune de Brantes), des lions des cavernes, des auroch, des chevaux.

Des trompettes en terre cuite de l’époque gallo-romaine découvertes au sommet du Ventoux attestent l’intérêt que l’homme eut très tôt pour ce site. Ces objets étaient sans doute en lien avec une forme de culte pour Vintur, le dieu du Mont, notamment vénéré comme protecteur contre le mistral, et qui selon certains donna son nom à la plus haute montagne du Vaucluse. Les vestiges de la période gallo-romaine les plus marquants du territoire sont sans conteste les sites antiques de Vaison-la-Romaine, véritables musées à ciel ouvert dont le Théâtre antique est la pièce maîtresse.

Au moyen-âge, les villages prennent leur essor et se protègent de l’ennemi en édifiant remparts et châteaux comme à Venasque, Le Barroux ou encore Carpentras. C’est de cette époque que remonte la première ascension du Mont-Ventoux relatée, celle de Pétrarque, poète humaniste italien, le 26 avril 1336. Un parcours initiatique qui fait encore référence aujourd’hui et qui inspira sans doute l’écrivain Jean-Henri Fabre. Au-delà des paysages admirables dont il put s’extasier, ce naturaliste et éminent entomologiste qui en 1865 emprunta aussi les chemins vers le sommet du Ventoux, releva la très grande richesse et l’incroyable diversité de la flore locale depuis l’étage méditerranéen jusqu’à l’étage subalpin.

Le déboisement lié à la surexploitation de la forêt intensifiée par la donation en 1250 du seigneur de Bédoin, Barral des Baux, à ses villageois puis le reboisement au XIXème siècle du Ventoux sont des événements fondateurs dans l’histoire de la montagne. L’activité traditionnelle de production de charbon de bois a beaucoup contribué au déboisement, les charbonnières s’étant développées dans la région depuis le moyen-âge, les pentes de la montagne se sont progressivement vidées de tout arbre.

Pépinière RTM Ventoux

Aujourd’hui, grâce au reboisement la cédraie du Ventoux est la plus importante de France. Le Ventoux fut aussi longtemps le lieu d’exploitation de glacières. Du XVIIème au XIXème siècle, des cavités étaient utilisées pour accumuler et tasser la neige et on obtenait ainsi des cubes de glace qui pouvaient notamment permettre la fabrication de sorbet.

Véritable tour de guet du Vaucluse, le sommet du Mont-Ventoux avait été choisi en 1882 pour accueillir un observatoire de la météorologie nationale qui cessa son activité au début de la première guerre mondiale. En 2016, le Syndicat Mixte d’Aménagement et d’Equipement du Mont-Ventoux (SMAEMV), actuel Parc naturel régional du Mont-Ventoux, et l’association Infoclimat y ont installé des capteurs pour de nouveau observer les conditions climatiques au faîte du Géant de Provence.

 

Paul Chauchard fut en 1902 le premier à inscrire son nom au palmarès de la toute première course de côte du Mont-Ventoux, considérée par les spécialistes comme la plus ancienne et la plus importante d’Europe. Le vainqueur escalada le Ventoux sur une Panhard-Levassor en 27 minutes et 17 secondes, soit à la moyenne horaire de 47,7 km/h pour couvrir les 21,6 kilomètres et franchir la ligne d’arrivée jugée à l’Observatoire du Ventoux. Ce fut le début pétaradant d’un rendez-vous annuel incontournable au pied du Géant de Provence pour tous les amoureux d’une compétition automobile qui réunira bientôt une cohorte de coureurs…Dont le milanais Ettore Bugatti en personne, l’un des pionniers de la construction automobile de sport, de course et de grand luxe en France qui s’illustra en 1912 en pilotant bien sûr la seule « Bugatti » à transmission à chaîne jamais conduite alors. De nouvelles marques de voitures montèrent ensuite à l’assaut de la gloire, une véritable quête du Graal pour ces courageux sportifs qui devaient dompter avec une relative maestria leurs « Hispano Suiza », « Delage » « Amilcar » ou encore « Lion Peugeot » sur une route pas plus goudronnée que le fameux et satanique virage de Saint Estève pas encore aménagé…D’ailleurs les gazettes locales de l’époque mettent en garde les compétiteurs qui, après avoir atteint non sans mal les bornes 12 et 13, « se trouvent soudain confrontés à un raidillon atteignant les 13%…c’est là le tombeau des voitures ! ».

Au fil des ans, les records qui (selon la formule) sont faits pour être battus permettaient de mettre en lumière de nouveaux vainqueurs jusque peu après l’avènement du Front populaire, les grèves de 1936 et la seconde guerre mondiale qui bien évidemment interrompirent pendant une décennie cette course de côte qui reprit droit de cité à Bédoin en juillet 1947. Une ère nouvelle allait débuter sous l’égide de l’Automobile club vauclusien (ACV) avec de nouvelles machines « infernales » et une nouvelle « race » de concurrents français et étrangers qui surent inscrire leur nom à ce palmarès de plus en plus relevé, avec les exploits mémorables des Trintignant, Barth et autre Jean Berha.

Dans les années 1970-80, les « Porsche », « B.M.W », Maseratti », ou « Ferrari » mènent le bal dans le Ventoux et parviennent à grimper cette épreuve particulièrement sélective en moins de dix minutes…

Le Ventoux continue d’accueillir régulièrement de belles compétitions dédiées aux sports mécaniques avec parfois des courses mettant en lice des « trapadelles » historiques.

La montée du Ventoux sert aussi souvent de tests « grandeur nature » pour de grandes firmes européennes désireuses d’expérimenter certains prototypes.

Tour 1967. Au premier plan le français Henry Anglade ; derrière lui, à gauche (maillot Mercier), Raymond Poulidor ; à l’extrême gauche (casquette à l’envers), l’Italien Félice Gimondi,

Né en 1903, le Tour de France emprunta pendant des années un parcours qui épousait les frontières de l’hexagone. Il faut attendre 1951 et la recherche de nouvellesdifficultés par les organisateurs, pour voir la Grande Boucle pénétrer à l’intérieur des terres et gravir la première fois les routes du Mont-Ventoux. Une ascension dantesque qui fait partie désormais de la mythologie de la plus grande épreuve cycliste au monde. Célébrée par des millions de passionnés français et étrangers massés sur les pentes du Géant de Provence et devant leurs télévisons pour l’occasion, la redoutable montée du Ventoux fait partie de la grande histoire du Tour de France. Elle offre un décor incroyable, presque lunaire, aux participants qui doivent souvent affronter les plus rudes conditions climatiques jusqu’au sommet, luttant tantôt contre le mistral, le froid ou la chaleur extrême. Le Tour ne passe pas chaque année par le Ventoux car comme l’explique son directeur Christian Prudhomme : « le Ventoux ne doit pas être banalisé. Il doit rester « rare » pour que le passage du Tour demeure un événement. »

Paris-Nice 2016 – a l’approche du Mont Ventoux

16 ascensions du Ventoux depuis 1951 dont 10 arrivées d’étapes :

  • 22 juillet 1951 : passage au sommet, étape Montpellier-Ventoux-Avignon, 224 km
  • 9 juillet 1952 : (passage au sommet, étape Aix-en-Provence-Ventoux- Avignon
  • 18 juillet 1955 : passage au sommet, étape Marseille-Ventoux-Avignon, 178 km
  • 13 juillet 1967 : passage au sommet, étape Marseille-Ventoux-Carpentras, 211 km
    Mort de l’anglais Tom Simpson qui s’effondre à 1,6 kilomètres du sommet.
  • 10 juillet 1974 : passage au sommet, Savines le lac-Ventoux-Orange, 231 km
  • 18 juillet 1994 : Montpellier-Ventoux-Carpentras, 231 km)
  • 13 juillet 1958 : étape Bédoin-Ventoux, 21,6 km
  • 6 juillet 1965 : Montpellier-Ventoux, 173 km
  • 10 juillet 1970 : Gap-Ventoux, 170 km
  • 13 juillet 1972 : Carnon Plage-Ventoux, 207 km
  • 19 juillet 1987 : Carpentras-Ventoux, 36,5 km
  • 13 juillet 2000 : Carpentras-Ventoux, étape entièrement vauclusienne, 149 km
  • 21 juillet 2002 : Lodève-Ventoux, 221 km
  • 25 juillet 2009 : Montélimar-Ventoux, 167 km
  • 14 juillet 2013 : Givors-Ventoux, 242,5 km
  • 16 juillet 2016 : Montpellier-Ventoux, 184 km

Et bientôt, le 7 juillet 2021, une double ascension du Ventoux au départ de Sorgues et à l’arrivée de Malaucène (199 km) !

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